Face à la chute de fréquentation, les exploitants de cinéma lancent un SOS

Le retour timide des spectateurs dans les salles de cinéma depuis le 22 juin doit être compensé par des “dispositifs qui permettent d’attendre” les sorties des films les plus attendus, pour le délégué général de la Fédération nationale des cinémas français, Marc-Olivier Sebbag. Selon le Syndicat des cinémas d’art et d’essai, des salles vides aux deux tiers doivent être aidées par “des mesures fortes et urgentes”.

Trois fois moins de spectateurs

C’est plus dur qu’on imaginait“, constate de son côté Aurélie Delage, exploitante du Cinémascop Mégarama de Garat, en Charente, un mois après la réouverture, des salles de cinéma fermées pendant le confinement général. Comme dans des centaines de cinémas en France, cette responsable fait la grimace. “Je ne regarde plus les chiffres“, mais “il ne faudrait pas que ça dure“, car elle ne rentre plus dans ses frais.

Mercredi, la fréquentation hebdomadaire, tirée notamment par la comédie Divorce Club de Michaël Youn, a repassé le cap du million d’entrées. Mais cela reste bien insuffisant: c’est trois fois moins qu’en temps normal.


Les gens ont été à l’intérieur pendant le confinement, ils veulent être à l’air libre, au bar ou au restaurant, d’autant qu’il fait beau“, constate-t-elle.

L’été 2019 et ses foules de familles venues voir Le Roi Lion, sont un lointain souvenir. Comme d’autres, Mme Delage a même réfléchi à refermer, mais se raccrochant à une fréquentation qui frémit de semaine en semaine, elle évacue l’idée: “ce serait catastrophique, le public a besoin de repères“.

Comme dans le reste de la France, le cinéma de Garat manque de “locomotives“, des grosses sorties, américaines le plus souvent, susceptibles d’attirer les foules.

Cette fermeture optionnelle est pourtant le choix pris par le mythique cinéma parisien le Grand Rex, faute d’une fréquentation suffisante. Il fermera, ainsi que ses autres salles, à partir du 3 août au soir, dans l’attente des blockbusters américains, à la fin de l’été. C’est la première fois de son histoire que la plus grande salle de cinéma d’Europe (2 800 places) restera fermée.

Déroger aux sorties mondiales

Les salles, au niveau européen, souhaitent que les studios américains dérogent au système des sorties mondiales” et sortent leurs blockbusters “dès l’été” sur le Vieux Continent, sans attendre la réouverture des salles de l’autre côté de l’Atlantique, explique Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français. Seront-elles entendues ? “C’est un espoir, une demande…“, ajoute-t-il.
En attendant, les exploitants ont appris cette semaine le report sine die d’un film qu’ils attendent comme le Messie, le dernier Christopher Nolan, Tenet, programmé d’abord en juillet, puis pour le 12 août et enfin repoussé au 26.

Confiance

Maigre consolation, au vu de la fréquentation, le protocole sanitaire, qui impose de n’occuper qu’un fauteuil sur deux, ne pose finalement pas problème. D’autant que le masque peut être retiré pendant le film, une fois installé, souligne Marc-Olivier Sebbag

De petites salles associatives, sans coûts fixes importants, comme l’historique cinéma Eden de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) où fut projeté le premier film des Frères Lumière, espèrent tirer leur épingle du jeu : “Il n’y a pas beaucoup de public, mais je suis reparti pour un siècle !“, s’enthousiasme son président Michel Cornille, qui a retrouvé ses fidèles cinéphiles.

L’envie de cinéma demeure

Il y a une offre qui n’est pas pléthorique en ce moment, profitons-en pour avoir de la visibilité et proposer une comédie un peu rigolote aux gens, qui les fasse voyager“, déclare à l’AFP David Caviglioli, coréalisateur de Terrible Jungle, une parodie de film d’aventure au casting alléchant, où Catherine Deneuve donne la réplique à Vincent Dedienne et Jonathan Cohen (sortie le 29 juillet). “A la rentrée notre film aurait été noyé dans une masse de blockbusters“, se rassure son coréalisateur Hugo Benamozig.

Il y a des gens qui vont avoir plaisir à retourner au cinéma“, parie de son côté le réalisateur Mathieu Kassovitz, qui ressort “La Haine“, film générationnel sur les banlieues et les violences policières, 25 ans après.

“Il y a pas mal de ressorties de films cet été pour que les gens puissent aller au cinéma et leur redonner envie“, explique-t-il à l’AFP, convaincu que le public “est en demande de films“.

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