Guédiguian fait twister amour et socialisme naissant à Bamako

  • « Twist à Bamako », c’est l’histoire de deux jeunes gens amoureux au début de l’indépendance du Mali en 1962, puis déchirés entre idéaux politiques et soif de vivre.
  • Ce film à la fois beau, généreux, mais douloureux, interroge sur l’échec du socialisme.
  • Robert Guédiguian livre cette œuvre engagée en parallèle avec la sortie de son livre « Les lendemains chanteront-ils encore ? ».

Robert Guédiguian a provisoirement quitté Marseille pour filmer en Afrique. Mais le réalisateur de Marius et Jeannette a gardé tout son mordant et sa tendresse : Twist à Bamako montre une jeunesse malienne déchirée entre soif de vivre et idéaux révolutionnaires alors que le pays vient d’obtenir son indépendance en 1962.

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Sa rencontre avec une belle villageoise en fuite après avoir été mariée de force malmène les certitudes d’un jeune porte-parole du nouveau gouvernement. « C’est l’exposition Mali Twist du photographe
Malik Sidibé qui m’a inspiré en 2017, confie le cinéaste à 20 Minutes. Elle m’a fait comprendre à quel point les clubs de danse de Bamako étaient liés à la fête révolutionnaire et à la quête du socialisme dans plusieurs pays africains. » Ce que découvre aussi le spectateur du film.

Un amour condamné

« J’ai toujours pensé que twist et socialisme devaient aller ensemble, martèle Robert Guédiguian. Ce n’est pas parce qu’on souhaite changer le monde qu’on est austère et qu’on n’aime pas s’amuser. Je suis moi-même un très bon danseur de rock ! » C’est d’ailleurs le réalisateur qui a appris leurs premiers pas aux acteurs Alicia Da Luz Gomez et
Stéphane Bak qui incarnent le couple vedette. « Entre les traditions et l’appât du gain de certains commerçants, la révolution n’a duré que quelques années. Les Maliens n’ont pas twisté longtemps », soupire Robert Guédiguian.

Twist à Bamako montre comment des idées généreuses au départ ont fini par être détournées et comment le sort des femmes ne préoccupait nullement les hommes de pouvoir. « J’aimerais que mon film permette de s’interroger sur les raisons de cet échec », insiste le cinéaste. Ces jeunes gens emportés par des enjeux qui les dépassent poignent durablement le spectateur, complice d’un amour qu’il sait condamné.

Un récit universel

C’est au Sénégal que Robert Guédiguian a tourné ce drame aux images superbes. « Le Mali était trop dangereux, précise-t-il. Nous avons fait très attention à l’exactitude de la reconstitution, des dialogues et des attitudes mais ce que raconte le film dépasse Bamako et même l’Afrique. C’est universel car le héros me ressemble beaucoup quand j’avais vingt ans. »

La générosité du cinéma de Robert Guédiguian est plus évidente que jamais dans cette œuvre bouleversante.  Les lendemains chanteront-ils encore ? demande le titre de son livre passionnant paru aux éditons LLL en novembre dernier. Twist à Bamako prouve que ses films chantent toujours de bien belles mélodies.

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