Manuel Valls, Patrick Cohen… Le mercato média guidé par la présidentielle

Plus que jamais, la politique va s’inviter sur les plateaux télé cette saison avant
l’élection présidentielle de 2022. Et cela, ça se ressent même jusqu’au traditionnel mercato dans les
médias. Télévisions et radios se positionnent en vue de cette échéance, notamment en recrutant des élus et personnalités aux positions tranchées.

Le rendez-vous électoral de 2022 apparaît comme l’un des fils rouges des changements annoncés ces dernières semaines dans les programmes de rentrée. A l’image de France 2 qui va faire appel à Léa Salamé pour coanimer le talk-show de Laurent Ruquier le samedi soir, On est en direct, et lui donner une orientation plus politique. La chaîne lancera aussi en septembre 20H22, rendez-vous dédié à la présidentielle « au moins deux fois par mois », comme l’a révélé Télérama.

France Culture dédie aussi une nouvelle tranche à la politique le samedi et recrute Patrick Cohen pour l’émission dominicale L’Esprit public. Le même Patrick Cohen, en partance d’Europe 1, va prendre du galon dans C à vous, le magazine de France 5, bientôt rallongé pour donner plus de place à la politique.

Valls sur BFMTV

L’ex-Premier ministre Manuel Valls va quant à lui débattre dans des émissions de RMC et
BFMTV. La chaîne d’info du groupe Altice a aussi recruté Yves Calvi, qui reste à la tête de la matinale de RTL, et la directrice de la rédaction de Marianne Natacha Polony. Des changements sont également en vue sur LCI qui a déjà musclé ses équipes avec l’arrivée de Ruth Elkrief, ex-pilier de BFMTV.

France Inter mise carrément sur un quatuor de personnalités qui donneront aux auditeurs de sa matinale « des points de vue variés, comme une boîte à outils, pour leur permettre de se forger une opinion », comme l’a indiqué sa patronne Laurence Bloch au Parisien. Il s’agit de Natacha Polony, de l’ex-ministre et dirigeante d’Oxfam Cécile Duflot, du rédacteur en chef adjoint du Figaro Alexandre Devecchio et du directeur du Point Etienne Gernelle.

« Une forme de radicalité » à droite

Les changements les plus importants sont annoncés sur Europe 1 qui va accueillir des figures de CNews (dont Laurence Ferrari et Dimitri Pavlenko, un des acolytes d’Eric Zemmour dans Face à l’info). La radio se rapproche de la très conservatrice chaîne d’info contrôlée par Vincent Bolloré, devenu aussi l’actionnaire numéro un de la station grâce à sa montée dans Lagardère.

Pour l’universitaire et spécialiste de l’histoire de la presse Alexis Lévrier, c’est d’ailleurs le modèle de média d’opinion de CNews, fortement inspiré par Fox News, qui fait tache d’huile au sein des médias. « C’est désormais une chaîne qui taille des croupières à BFMTV, et est même passée devant à plusieurs reprises, à cause d’émissions comme celles de Pascal Praud et d’Eric Zemmour qui vont dans le sens de débats d’opinion clivés, avec des intervenants qui penchent majoritairement à droite et souvent dans une forme de radicalité », dit-il.

« L’audience et l’influence de CNews sont observées de très près par les autres chaînes et il n’est pas étonnant qu’elles s’alignent un peu là-dessus », ajoute-t-il. Un phénomène que l’auteur de Jupiter et Mercure. Le pouvoir présidentiel face à la presse juge également alimenté par l’intérêt du pouvoir pour CNews ou le magazine Valeurs Actuelles.

Des frontières brouillées ?

Au-delà d’une « droitisation » des antennes, il reproche à ce modèle de faire primer l’opinion sur l’information et de « brouiller la frontière entre journalisme et politique ». Et ce, en mettant sur le même plan anciens élus et journalistes ou, à l’inverse, en servant les ambitions présidentielles prêtées à Eric Zemmour qui « passe sous le radar du CSA », son temps de parole sur CNews n’étant pas contingenté par les règles sur le pluralisme.

Même s’il y a clairement « un intérêt chez les Français pour la transgression et l’aspérité », « ce n’est pas au service public de surenchérir dans la course à l’opinion », a assuré le directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, Stéphane Sitbon-Gomez, au Journal du dimanche.

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