"Remember Me", l’amour et l’art face aux assauts d’Alzheimer dans une comédie pétrie d’humanité

Après s’être fait un nom dans le domaine du court métrage, le réalisateur Martín Rosete, Américain d’origine espagnole, a signé son premier long métrage en 2016 avec Money. Quatre ans après ce thriller, il est de retour dans un tout autre genre cinématographique, et pas des plus simples : une comédie romantique, avec des seniors dans les rôles principaux (l’Américain Bruce Dern, la Française Caroline Silhol), un ennemi appelé Alzheimer et un institut spécialisé pour décor principal… A priori, il y a plus sexy.

À la recherche du temps perdu

Claude (Bruce Dern), veuf septuagénaire, visage buriné, est un critique de théâtre et de cinéma à l’esprit aussi cultivé qu’affûté. Mais les nouvelles technologies le dépassent, et son gendre l’exaspère, jusqu’au moment où il apprend une nouvelle qui balaye ses préoccupations. Lily (Caroline Silhol), la femme qu’il a aimée il y a très longtemps, célèbre comédienne française, souffre de la maladie d’Alzheimer et a dû être admise dans un institut spécialisé. Claude n’a plus qu’une idée en tête : être auprès d’elle, lui venir en aide, quitte à simuler la démence pour se faire interner dans le même service… Son ami Shane (Brian Cox) l’aide à parvenir à ses fins.

La bande-annonce de “Remember Me”
Au fil du film, on découvre le lien puissant qui a uni Claude et Lily dans leur jeunesse et les raisons pour lesquelles leur romance a tourné court. Mais malgré les efforts du vieil homme pour stimuler la mémoire de sa bien-aimée, cette dernière semble incapable de se reconnecter à sa propre histoire. Comme l’illustre cette séquence touchante dans le parc de l’institut spécialisé : Claude fait lire à Lily une lettre d’amour qu’elle lui avait écrite, et qu’il avait précieusement conservée. Mais l’expérience vire au fiasco, la pluie s’en mêle, efface les mots sur la feuille restée intacte durant tant d’année. Et Lily s’éloigne, le regard vide, fuyant l’averse – ou, peut-être, des sentiments enfouis.

Face à un sujet aussi dramatique que cette maladie de l’oubli de soi, il est urgent d’éviter toute surenchère de pathos. Le réalisateur y parvient grâce à l’humour, très présent dans le film, avec des séquences et dialogues savoureux et cocasses, et grâce au talent et à la délicatesse de ses acteurs.

Caroline Silhol et Bruce Dern dans “Remember Me” (José Haro)
Se souvenir des belles choses

Martín Rosete signe une comédie romantique agréable, familiale, pleine de doux sentiments, et d’où émergent quelques judicieux rappels. Pour se souvenir des belles choses, quand l’amour est à court d’argument, l’art offre parfois l’ultime recours. Et si à la fin de ce petit film d’une heure 21 minutes, on peut éprouver un sentiment d’inachevé, c’est peut-être pour méditer une autre leçon : si le passé et le présent semblent se confondre, le temps perdu ne se rattrape pas. Tout au plus, on en retrouve des saveurs éphémères qui auront un parfum d’éternité.

LA FICHE

Synopsis : Claude, septuagénaire, veuf, critique de théâtre et de cinéma, apprend que l’amour de ses jeunes années de journaliste, Lily, actrice française de renom, a été admise dans une maison spécialisée dans le traitement d’Alzheimer en Californie. Il ne l’a pas vue depuis 30 ans. Avec la complicité d’un ami, il se fait admettre dans le même service qu’elle.Son obsession : lui faire retrouver la mémoire.

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